« Les parapluies d’Erik Satie » de Stéphanie Kalfon

Personnage brillant, complexe et fantasque, Erik Satie est resté un compositeur incompris par une grande majorité de ses pairs tout au long de son existence. Stéphanie Kalfon retrace le parcours de cet être atypique, mal dans son époque et intransigeant envers ses semblables, particulièrement ceux qui se prétendaient musiciens. Le point de départ du récit est la chambre qu’occupe Satie à Arcueil en 1901 (il a alors 35 ans), où il vit dans le dénuement et l’amoncellement d’objets hétéroclites (dont 14 mystérieux parapluies). A partir de là, Stéphanie Kalfon retrace un parcours, suivant plusieurs aller-retour chronologique, s’applique à restituer une atmosphère nimbée de tristesse et d’isolement, d’entêtement et de caractère, d’alcools et de coup d’éclats.

Si la restitution de l’atmosphère bohême et du personnage presque tragique de Satie est plutôt réussie, la discontinuité chronologique m’a gêné à plusieurs reprises. J’ai eu du mal à poser des repères et à me situer dans l’histoire. De plus, les citations en italique à répétition m’ont lassé, elles arrivaient en trop et alourdissaient certains passages. L’écriture de Stéphanie Kalfon est jolie et musicale, une auteure à suivre malgré quelques imperfections dans ce premier roman.images (1).jpeg

Vous reprendriez bien un peu de politique? : « La plume » de Virginie Roels

Roman de politique-fiction, très actuel, « La plume » relate une succession d’évènements qui se déroulent dans un entre-deux tours présidentiels agité. L’héroïne, journaliste spécialisée dans les médias, est témoin d’une scène lors du débat du second tour, dont elle comprit vite l’importance. Flairant le scoop propre à faire décoller une carrière, elle se lance dans une investigation qui va la plonger dans les arcanes du pouvoir, et dans un jeu de dupes peu reluisant.

Je n’ai pas accroché à ce livre, que j’ai mis du temps à lire. Honnêtement, je pense que le contexte très politique de l’actualité a paradoxalement joué contre ce roman, car on sort d’une période saturée d’élections et de débats, ce qui fait que je suis peu réceptive à un surplus de magouilles politiciennes, fussent-elles bien écrites. A cela s’ajoute également que, précisément, je n’ai pas trouvé l’écriture très intéressante non plus. C’est correct mais cela manque de relief et de profondeur. Lecture mitigée donc….

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« La Téméraire », de Marine Westphal

La Téméraire est un beau récit, intrinsèquement beau. Par une langue belle et subtile, c’est une histoire d’amour et de courage que nous invite à lire Marine Westphal. Sali et Bartolomeo s’aiment depuis trente ans, lovés dans leur nid au cœur des Pyrénées. Mais lors d’une de ces quotidiennes promenades, Bartolomeo est victime d’un AVC. Le grain de sable enraye tout et le mari de Sali n’est plus qu’un légume déshumanisé. Sali, d’abord désemparée, ne peut se résoudre à la situation. Non, cela ne peut pas se finir ainsi. Alors, La Téméraire se réveille.

C’est très beau à lire, très fluide, très poétique et les phrases sont très bien construites. Le sujet est éminemment douloureux, délicat, voire glissant. Pas de jugement ici, ni de plaidoyer excessif pour la fin de vie, ni de pathos indigeste… C’est une histoire d’amour, dont les protagonistes sont confrontées à la maladie irréversible, se débattant dans des déchirements et des émotions insurmontables. Ne reste alors que le courage de l’amour. Bouleversant

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Partir et se trouver : « Ne parle pas aux inconnus » de Sandra Reinflet

Roman d’initiation par excellence, « Ne parle pas aux inconnus » s’affirme par une sincérité de ton et une émotion qui affleure. L’héroïne, Camille, vient de passer son bac et se sent de plus en plus à l’étroit dans le carcan familial. Une famille bien sage, bien tranquille et beaucoup trop ennuyeuse. Le ras le bol éclate à la soirée de fin d’année du lycée, où les repères vont exploser et pousser Camille à fuguer. Désespérée de ne pas avoir de nouvelles de sa petite amie Eva, Camille décide de partir à sa recherche sur les routes en direction de la Pologne, pays d’origine d’Eva. « Ne parle pas aux inconnus » lui a toujours répété sa mère, mais c’est bien en parlant et en s’aventurant vers les autres que Camille va se découvrir et s’affirmer enfin.

Livre agréable à lire, « Ne parle pas aux inconnus » a la justesse de ton de ceux qui racontent leur propre vécu et qui n’inventent pas. L’auteure a traversé des étapes sensiblement semblables à son héroïne, ce qui donne ce caractère authentique au récit, et lui permet d’éviter le trop-plein de lieux communs. Plein de rebondissements, c’est une lecture que l’on suit avec plaisir, même si la langue en elle-même n’est pas particulièrement riche. Le lecteur est à l’aise avec le personnage de Camille, et il est difficile de ne pas se reconnaître dans l’expression de l’exaspération adolescente envers l’étouffement familial. Auteure à découvrir!

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Dans la peau d’un dirigeant de PME : « Principe de suspension » de Vanessa Bamberger

Ce livre plonge dans les tourments et la trajectoire d’un jeune chef d’entreprise, dont la vie se trouve brusquement « suspendue » suite à une détresse respiratoire. Le coma de Thomas est un moment hors du temps où l’on découvre son épouse, les aléas de son couple, les événements et les inquiétudes terribles qui pèsent sur l’avenir de l’entreprise.

Cet ouvrage aborde avec subtilité et sincérité le poids immense qui repose sur les épaules des dirigeants de PME, et la fragilité de ces entreprises, à la merci des marchés et des délocalisations. Là repose toute l’originalité du livre de Vanessa Bamberger. Ceci mis à part, la lecture de ce roman m’est apparue très ennuyeuse. Je n’ai ressenti que peu d’intérêt pour le déroulé du récit, et l’écriture sans relief ne m’a pas enthousiasmé. Il manque quelque-chose, un souffle, un rythme, une âme. C’est intéressant, voir pertinent, mais ce n’est pas passionnant.

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« Lovecraft : quatre classiques de l’horreur » de I.N.J. Culbard

Le roman graphique « Lovecraft » a été une excellente surprise. N’ayant pas accroché aux dessins un peu froids au premier abord, j’ai été rapidement séduite par le mélange subtil entre les nouvelles de Lovecraft et ces illustrations, dont il ressort une ambiance permettant de vous immerger plus profondément dans les histoires de Lovecraft. Chaque chapitre reprend une des nouvelles de Lovecraft et de son univers.

Une bd que je recommande pour les amateurs de Lovecraft mais aussi pour les non initiés, qui vous permettra d’être parcouru par un doux frisson à chaque nouvelle page, ici l’univers de Lovecraft est très bien reconstruit et l’ambiance glaçante que l’on a lorsque l’on lit ses livres est tout à fait présente et même accentuée par le dessin.

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« Elle voulait juste marcher tout droit » de Sarah Barukh

C’est un petit coup de cœur que ce livre! J’ai été happée par ce récit, je ne l’ai pas quitté! La plume de Sarah Barukh est directe, franche et vive, tout comme l’est son héroïne la petite Alice. Alors que lire un énième livre sur la Seconde Guerre mondiale ne me motivait guère au départ, j’ai été très agréablement surprise par ce premier roman. La jeune Alice, qui n’a que quelques années au début du livre, vit chez sa nourrice Jeanne. Nous sommes en 43, en pleine occupation. C’est à travers les yeux de l’héroïne que nous suivons les aléas de la guerre. Il n’est pas toujours aisé pour un écrivain de trouver le ton juste pour exprimer les ressentis d’un enfant, pourtant c’est ce qu’a réussi Sarah Barukh, de manière très pertinente et très touchante. Alice est pleine de bonne volonté, et cherche à comprendre ce qui se passe (où est sa mère, que font ces soldats, pourquoi sa mère est-elle tatouée sur le bras?). Face au refus d’expliquer des adultes, Alice déploiera beaucoup d’énergie pour obtenir des réponses à ses questions et franchira de nombreux obstacles, entraînant différents complices grâce à son énergie communicative. La tristesse et le drame se sont pas loin, ce sont des vies brisées qui environnent Alice, alors qu’elle tente de démêler sa propre histoire entre France, Espagne et Amérique. Ce livre est un véritable « page-turner », on ne le lâche pas une fois qu’il est ouvert! C’est rythmé et dynamique, le suspens est maintenu jusqu’à la toute fin du roman. A découvrir!

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