Facebook forever : « Un amour d’espion » de Clément Benech

J’ai bien aimé ce livre, sans prétention, mais dont la lecture est agréable. Le narrateur du livre, étudiant à Paris, est en train de naviguer sur facebook lorsqu’une de ses amies, Augusta, lui propose un voyage insolite : venir la rejoindre à New York pour enquêter discrètement sur son petit ami Dagan, accusé systématiquement de meurtre sur un forum par un internaute anonyme. Je me suis sentie embarquée dans l’histoire, sans m’en rendre compte, et j’ai décidé de me laisser faire, de laisser l’auteur me mener où il le voulait. Pendant plusieurs pages, je n’ai sincèrement pas eu la moindre idée d’ où Clément Benech désirait m’emmener, l’histoire prend quelques virages, s’éternise par moments, réalise quelques rebondissements à l’intérêt discutable. L’ouvrage cible principalement les multiples travers des réseaux sociaux ainsi que des applications de rencontres sentimentales, traitées sous un angle éminemment parodique et malicieux.  La jeunesse de l’écrivain perce sous sa plume, son « amour d’espion » est nonchalant et porte un regard désabusé sur ses concitoyens : « au fond, j’ai l’impression que nous ne sommes plus que des Marco Polo parodiques ». Parfois lassant, le style de Clément Benech n’en reste pas moins intéressant et dit quelque chose du monde dans lequel on vit.

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Trésor et saga familiale : « Sucre noir » de Miguel Bonnefoy

J’ai beaucoup apprécié le style de Miguel Bonnefoy, que je découvre avec ce roman. L’histoire est celle d’un trésor, égaré il y a de cela trois siècles par des pirates, et qui hante l’esprit des habitants d’un petit village des Caraïbes. L’arrivée d’un prospecteur va bouleverser l’existence, jusque-là relativement calme, des exploitants d’une ferme locale, les Otero. Le roman prend alors les contours d’une saga familiale, dont la destinée des différents protagonistes sera marquée, d’une façon ou d’une autre, par ce trésor aux allures chimériques. C’est incontestablement l’écriture, la richesse de la langue, qui m’a séduite dans ce livre. Miguel Bonnefoy utilise un vocabulaire chatoyant, qui m’a plongé au cœur de la nature luxuriante de son récit, m’a fait ressentir les atermoiements des âmes agitées de ses personnages, et m’a fait entendre le doux chant rond et délicieux de son écriture poétique. Plusieurs phrases m’ont tellement plu que je les ai recopiées sur un petit carnet, comme pour savourer encore une fois leur musicalité, comme l’on ferait d’un bonbon que l’on garde trop longtemps en bouche, par gourmandise.  Même si le récit en lui-même ne réserve pas tant de surprises que cela (le trésor n’est pas celui que l’on croit…), c’est vraiment pour le bonheur de lire une si belle et sensuelle écriture que je recommande chaleureusement cet ouvrage!

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Dystopie à la mode : « C’est le cœur qui lâche en dernier » de Margaret Atwood

Parodier une société, en critiquer ses travers et lui tendre un miroir peu flatteur est une activité où Margaret Atwood excelle habituellement. Lors de ma lecture de son dernier ouvrage « C’est le cœur qui lâche en dernier », j’avais une forte attente, et j’ai été plutôt déçue. L’histoire est celle d’un jeune couple, Stan et Charmaine, affrontant une crise économique sévère, vivotant de petits boulots et dormant dans leur voiture la nuit. Lorsqu’ils découvrent une pub vantant les avantages d’une ville nommée Consilience, où chacun a un métier et un toit sur sa tête (enfin un mois sur deux, le deuxième se passe en prison), ils signent avec joie et se retrouvent embarqués dans une aventure tout sauf innocente. Plusieurs éléments m’ont gênée dans ce roman : d’une part le style de l’auteure est un peu plat et je me suis ennuyée à plusieurs reprises. D’autre part, je n’ai jamais vraiment réussi à rentrer dans l’histoire. Trop d’éléments me sont apparus comme incohérents, j’aurais aimé une construction plus solide, plus crédible pour une dystopie. Les personnages sont plongés dans des situations loufoques et aucun ne semble doté de réactions logiques face à ces situations. Certes la satire est sévère et salvatrice, mais elle aurait pu être tellement mieux amenée et mieux ficelée. Je ressors du roman avec des sentiments mitigés, le message de Margaret Atwood est clair : l’humanité est piégée par ses propres vices, mais j’ai trouvé que la forme n’y était pas.

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Un peu d’absurde : « L’histoire de mes dents » de Valeria Luiselli

Comme j’aime les ouvrages atypiques, celui-ci m’a particulièrement plu. Et ce qui est encore mieux, c’est que c’est à la fois l’histoire ET le style de l’écrivain qui sont originaux! Dès les premières pages, je me suis sentie embarquée tambour battant, de manière pétillante et intelligente, marrante et subtile, en bref j’ai été séduite au premier regard! Le rythme est soutenu et ne laisse pas de répit! Du côté de l’histoire, on suit un personnage principal, « le meilleur commissaire-priseur du monde », lancé dans une fuite en avant vers le profit, guidé par la recherche du meilleur moyen d’extorquer encore plus d’argent à ses clients, avec le plus de panache possible. Une idée saugrenue concernant ses dents, alliée au pouvoir de l’hyperbole, va l’entraîner dans une situation imprévue. Très tôt dans le roman, l’absurde s’invite dans tous les interstices, il faut l’accepter, sous peine de passer à côté du livre! Le chapitre final donne le sens à l’ensemble, et éclaire les errances hyperboliques précédentes. Il est vrai que les longues diatribes farfelues du personnage principal  me sont apparues lassantes à un moment du récit, mais il faut passer l’étape car l’auteure sait mener sa barque et la chute vaut le détour! J’ai beaucoup aimé le travail de l’écrivaine, qui sait dépasser  l’histoire qu’elle raconte, et sait manipuler son récit comme une œuvre plastique et malléable. Une histoire qui fait également réfléchir sur les objets et le sens qu’on leur donne, sur la variabilité de nos perceptions, sur l’importance du contexte et sur les possibilités infinies des interprétations des uns et des autres… A découvrir!

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« Les parapluies d’Erik Satie » de Stéphanie Kalfon

Personnage brillant, complexe et fantasque, Erik Satie est resté un compositeur incompris par une grande majorité de ses pairs tout au long de son existence. Stéphanie Kalfon retrace le parcours de cet être atypique, mal dans son époque et intransigeant envers ses semblables, particulièrement ceux qui se prétendaient musiciens. Le point de départ du récit est la chambre qu’occupe Satie à Arcueil en 1901 (il a alors 35 ans), où il vit dans le dénuement et l’amoncellement d’objets hétéroclites (dont 14 mystérieux parapluies). A partir de là, Stéphanie Kalfon retrace un parcours, suivant plusieurs aller-retour chronologique, s’applique à restituer une atmosphère nimbée de tristesse et d’isolement, d’entêtement et de caractère, d’alcools et de coup d’éclats.

Si la restitution de l’atmosphère bohême et du personnage presque tragique de Satie est plutôt réussie, la discontinuité chronologique m’a gêné à plusieurs reprises. J’ai eu du mal à poser des repères et à me situer dans l’histoire. De plus, les citations en italique à répétition m’ont lassé, elles arrivaient en trop et alourdissaient certains passages. L’écriture de Stéphanie Kalfon est jolie et musicale, une auteure à suivre malgré quelques imperfections dans ce premier roman.images (1).jpeg

Vous reprendriez bien un peu de politique? : « La plume » de Virginie Roels

Roman de politique-fiction, très actuel, « La plume » relate une succession d’évènements qui se déroulent dans un entre-deux tours présidentiels agité. L’héroïne, journaliste spécialisée dans les médias, est témoin d’une scène lors du débat du second tour, dont elle comprit vite l’importance. Flairant le scoop propre à faire décoller une carrière, elle se lance dans une investigation qui va la plonger dans les arcanes du pouvoir, et dans un jeu de dupes peu reluisant.

Je n’ai pas accroché à ce livre, que j’ai mis du temps à lire. Honnêtement, je pense que le contexte très politique de l’actualité a paradoxalement joué contre ce roman, car on sort d’une période saturée d’élections et de débats, ce qui fait que je suis peu réceptive à un surplus de magouilles politiciennes, fussent-elles bien écrites. A cela s’ajoute également que, précisément, je n’ai pas trouvé l’écriture très intéressante non plus. C’est correct mais cela manque de relief et de profondeur. Lecture mitigée donc….

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« La Téméraire », de Marine Westphal

La Téméraire est un beau récit, intrinsèquement beau. Par une langue belle et subtile, c’est une histoire d’amour et de courage que nous invite à lire Marine Westphal. Sali et Bartolomeo s’aiment depuis trente ans, lovés dans leur nid au cœur des Pyrénées. Mais lors d’une de ces quotidiennes promenades, Bartolomeo est victime d’un AVC. Le grain de sable enraye tout et le mari de Sali n’est plus qu’un légume déshumanisé. Sali, d’abord désemparée, ne peut se résoudre à la situation. Non, cela ne peut pas se finir ainsi. Alors, La Téméraire se réveille.

C’est très beau à lire, très fluide, très poétique et les phrases sont très bien construites. Le sujet est éminemment douloureux, délicat, voire glissant. Pas de jugement ici, ni de plaidoyer excessif pour la fin de vie, ni de pathos indigeste… C’est une histoire d’amour, dont les protagonistes sont confrontées à la maladie irréversible, se débattant dans des déchirements et des émotions insurmontables. Ne reste alors que le courage de l’amour. Bouleversant

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